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Et le fer ? Les protéines ? Les enfants ? Vos questions sur le « moins de viande »

Par Gaëlle, fondatrice d’Okjö et ancienne journaliste · En savoir plus

Mis à jour le 18 octobre 2026

« Et les protéines ? » Dès qu’on parle de manger moins de viande, les mêmes questions reviennent. Voici les réponses, avec ce que disent l’Anses, Santé publique France et les nutritionnistes. Rappel utile : on parle ici de manger moins de viande, pas forcément d’arrêter.

Si je mange moins de viande, vais-je manquer de protéines ?

Non. En France, on ne manque pas de protéines : selon l’Anses, nos apports atteignent les références nutritionnelles 1.

Aujourd’hui, environ 60 % de nos protéines viennent des produits animaux (viande, poisson, œufs, laitages) 13. L’idée n’est pas de tout supprimer, mais de faire plus de place aux lentilles, aux pois cassés, aux haricots…

Où trouver des protéines sans viande ?

  • dans les légumineuses : lentilles, pois chiches, haricots, pois cassés, fèves, soja (tofu, tempeh) ;
  • dans les céréales, surtout complètes : blé, riz, avoine, quinoa, sarrasin ;
  • dans les graines et oléagineux : noix, amandes, graines de courge ou de tournesol ;
  • et, pour les végétariens, dans les œufs et produits laitiers 2.

Faut-il associer céréales et légumineuses dans le même plat ?

C’est l’association classique : riz et lentilles, semoule et pois chiches, maïs et haricots rouges. Les céréales sont pauvres en lysine, un acide aminé essentiel, et les légumineuses en méthionine. Ensemble, elles se complètent 1.

Bonne nouvelle : pas besoin de les associer à chaque repas. L’Anses estime que nos sources de protéines sont assez variées pour ne pas avoir à les combiner systématiquement 1. On détaille tout dans notre mode d’emploi des légumineuses.

Et le fer ?

C’est la vraie question à se poser, bien plus que les protéines. Il existe deux sortes de fer dans l’alimentation 3 :

Où le trouve-t-on ?Part absorbée par le corps
Fer héminiqueviande, poisson, volaille, abatsenviron 20 à 30 %
Fer non héminiquelégumineuses, céréales complètes, graines, produits à base de sojaenviron 5 à 10 %

Source : Santé.fr, service public d’information en santé 3.

Le fer végétal est donc bien présent, mais moins bien absorbé. Les lentilles en sont d’ailleurs riches : environ 8 mg pour 100 g de lentilles crues, plus que l’escalope de veau grillée (3 mg) 4.

Les bons réflexes pour mieux l’absorber

  • Ajoutez de la vitamine C au repas : poivron, agrumes, chou, fraises… Un filet de citron sur les lentilles, des crudités en entrée ou une orange au dessert, ça aide vraiment 3, 4.
  • Décalez le thé. Ses tanins réduisent environ de moitié l’absorption du fer végétal. Une heure après le repas, il ne la gêne plus. Le café contient aussi des tanins 3.
  • Faites tremper et cuire les légumineuses. Le trempage et la cuisson réduisent les phytates, qui gênent l’absorption 3.

Qui doit faire plus attention ?

Les enfants, les femmes enceintes ou qui allaitent, les végétariens et les végétaliens 3. En cas de fatigue inhabituelle, une simple prise de sang permet de vérifier ses réserves : parlez-en à votre médecin.

Et la vitamine B12 ?

La vitamine B12 se trouve presque exclusivement dans les produits d’origine animale : viande, poisson, œufs, laitages 7. L’OMS rappelle d’ailleurs que la viande rouge apporte du fer et de la B12 5. Tout dépend donc de ce que vous gardez dans votre assiette :

  • Vous mangez moins de viande, mais encore un peu de viande ou de poisson : pas d’inquiétude particulière.
  • Vous êtes végétarien (œufs et laitages, sans viande ni poisson) : la B12 est un point de vigilance, à surveiller avec votre médecin 6.
  • Vous êtes végétalien (aucun produit animal) : même bien construite, l’alimentation ne couvre pas les besoins en B12 6. Un complément est à prévoir avec votre médecin. Chez les jeunes enfants, il est indispensable 7.

Et le reste ?

En mars 2025, l’Anses a publié des repères pour les adultes végétariens et végétaliens 6. Ses conclusions : les végétariens ont en moyenne un statut moins favorable en fer, en iode et en vitamines B12 et D. Et même bien construite, leur alimentation couvre difficilement les besoins en oméga 3 (EPA, DHA) et en vitamine D. Chez les végétaliens s’ajoutent la vitamine B12, la vitamine B2 et, chez les hommes, le zinc.

L’expertise relève aussi un risque plus faible de diabète de type 2 chez les végétariens, et un risque de fractures plus élevé, avec un niveau de preuve faible 6. Ces repères ne valent que pour les adultes : faute de données suffisantes, l’Anses n’en a pas fixé pour les enfants, les ados ni les femmes enceintes 6.

Quelques gestes simples aident : une petite poignée de fruits à coque par jour 10, de l’huile de colza ou de noix pour les oméga 3 6, et du sel iodé 7.

Et les enfants, ils ont besoin de viande pour grandir ?

Un enfant qui mange de la viande ou du poisson à la cantine, des œufs et des laitages, et des légumineuses à la maison n’a aucune raison de manquer de quoi que ce soit. Réduire la viande le soir ne pose pas de problème.

L’Anses l’a vérifié pour la cantine : un menu végétarien équilibré peut contribuer à couvrir les besoins des enfants, et multiplier ces menus, s’ils restent équilibrés, ne modifie pas leur équilibre nutritionnel 8. On vous explique ce que mangent vos enfants le midi dans notre article « À la cantine, qu’est-ce qu’ils mangent ? ».

Et si mon enfant veut devenir végétarien ?

C’est possible, mais ça demande un peu plus d’attention. Un guide de la Société suisse de pédiatrie, consacré aux tout-petits (0 à 3 ans), estime qu’une alimentation végétarienne équilibrée, avec œufs et laitages, peut fournir presque tous les nutriments. Il conseille une prise de sang une à deux fois par an. Pour un enfant végétalien, il recommande en plus un suivi par un pédiatre et un diététicien 7.

Une grande synthèse de 59 études, publiée fin 2025, va dans le même sens : chez les enfants végétariens, le fer est un point de vigilance ; chez les enfants végétaliens, surtout la B12 et l’apport en calcium. Pour les auteurs, ces régimes demandent une alimentation soigneusement planifiée et des compléments 9.

En résumé : moins de viande, aucun souci. Plus de viande du tout, on en parle à son pédiatre.

Comment leur faire aimer les légumineuses ?

C’est souvent là que ça coince. Il m’a fallu du temps pour trouver des recettes que mes enfants aiment. Je les ai rassemblées dans nos recettes, et notre mode d’emploi des légumineuses donne des idées pour commencer en douceur.

Alors, combien de viande par semaine ?

Depuis 2019, les repères officiels du Programme national nutrition santé (PNNS) pour les adultes tiennent compte, pour la première fois, de l’environnement 10 :

AlimentRepère pour un adulte
Viande (hors volaille)limiter à environ 500 g par semaine, en privilégiant la volaille
Charcuterieréduire à environ 150 g par semaine
Poissondeux fois par semaine, dont un poisson gras
Légumes secsau moins deux fois par semaine
Fruits à coque non salésune petite poignée par jour
Féculentsde préférence complets

Source : Santé publique France, 2019 10.

500 g par semaine, c’est environ 3 ou 4 steaks 10. Et la Société suisse de nutrition rappelle qu’on peut manger des légumineuses tous les jours 2.

Les autres questions qu’on se pose

Les légumineuses, ça ne fait pas gonfler ?

Un peu, au début. Le corps s’habitue quand on en mange régulièrement, en commençant par de petites portions. Le trempage, le rinçage et une bonne cuisson aident aussi. Tous nos conseils sont dans le mode d’emploi des légumineuses.

Les steaks végétaux, c’est une bonne idée ?

Ça dépend de leur composition. Beaucoup sont ultra-transformés, et le rapport d’évaluation des menus végétariens à la cantine regrettait déjà leur usage à la place du fait-maison 11. Lisez la liste d’ingrédients : plus elle est courte, mieux c’est. Un dahl de lentilles ou des boulettes de pois chiches maison font aussi bien, pour bien moins cher.

Et le soja ?

Tofu, tempeh et edamame sont de bonnes sources de protéines. Le soja contient aussi des isoflavones : les inspecteurs chargés d’évaluer l’option végétarienne quotidienne à la cantine ont jugé que « des avis complémentaires sont nécessaires » à leur sujet 12. Comme pour le reste, la clé est de varier : le soja peut faire partie des légumineuses de la semaine, sans être la seule.

Manger moins de viande, ça coûte plus cher ?

Généralement non, au contraire. J’ai fait le test le 9 octobre 2026, prix hors promo : le steak haché coûtait 18,11 € le kilo chez Leclerc, quand des pois chiches secs bio en sac de 3 kg (La Fourche) reviennent à environ 2,10 € le kilo une fois cuits. Le détail est dans notre mode d’emploi des légumineuses.

Cet article fait partie de notre dossier À table : manger moins de viande, sans se priver.

Sources

  1. Anses, « Protéines : rôle, sources et apports recommandés », 22 décembre 2025. anses.fr
  2. Société suisse de nutrition, feuille d’info « Les protéines » et fiche « Légumineuses ».
  3. Santé.fr, « Boire du thé en mangeant empêche-t-il l’absorption du fer ? », 11 avril 2024, mis à jour en juillet 2026. sante.fr
  4. Société suisse de nutrition, fiche « Fer », 2026.
  5. OMS, note sur la viande rouge et la viande transformée, 2023. who.int
  6. Anses, « Régimes végétariens : effets sur la santé et repères alimentaires », 13 mars 2025 (anses.fr), et avis 2019-SA-0118 du 3 février 2025 (anses.fr).
  7. Pédiatrie Suisse, Guide d’alimentations végétarienne et végétalienne pour nourrissons et enfants en bas âge, mars 2020, sur mandat de l’OSAV. paediatrieschweiz.ch
  8. Anses, « Menu végétarien hebdomadaire à l’école : l’Anses en appui à l’expérimentation », 25 novembre 2021. anses.fr
  9. Lotti S. et al., Critical Reviews in Food Science and Nutrition, décembre 2025 (doi.org), résumé en français dans La Revue du praticien, 12 janvier 2026 (larevuedupraticien.fr).
  10. Santé publique France, Recommandations relatives à l’alimentation, à l’activité physique et à la sédentarité pour les adultes, janvier 2019, mises à jour en mars 2023 (santepubliquefrance.fr).
  11. CGAAER, rapport n° 20068, Évaluation de l’expérimentation du menu végétarien hebdomadaire, mars 2021. agriculture.gouv.fr
  12. CGAAER et IGEDD, rapport n° 22106 sur l’option végétarienne quotidienne en restauration scolaire, mars 2023. agriculture.gouv.fr
  13. Anses, étude INCA 3, rapport d’expertise, 2017. anses.fr
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