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« Indignez-vous ! »

Stéphane Hessel

Par Gaëlle, fondatrice d’Okjö et ancienne journaliste · En savoir plus

Mis à jour le 23 octobre 2026

Une trentaine de pages, écrites par un homme de 93 ans. Publié en octobre 2010 par une toute petite maison d’édition et tiré à 8 000 exemplaires, « Indignez-vous ! » dépasse le million de lecteurs en quelques mois et se traduit dans plus de quarante langues. Quinze ans plus tard, dans un automne de colère, il pose une question qui n’a pas pris une ride : que faire de son indignation ?

Couverture du livre « Indignez-vous ! », de Stéphane Hessel, préface de Salomé Saqué

LE LIVRE EN BREF

  • Le livre : « Indignez-vous ! », de Stéphane Hessel (Indigène éditions, 2010). Réédité en 2025 chez Rue de l’Échiquier, avec une préface de la journaliste Salomé Saqué.
  • Le sujet : l’appel d’un ancien résistant à ne jamais rester indifférent, et à s’engager sans violence.
  • Pour qui : tout le monde, et surtout les plus jeunes. Il se lit en une demi-heure.
  • Ce qu’on en garde : la colère peut devenir une force, à condition de la transformer en engagement pacifique.

Un résistant devenu diplomate

Stéphane Hessel naît à Berlin en 1917 et arrive en France à 7 ans. Il rejoint la France libre en 1941. Arrêté par la Gestapo, il est déporté à Buchenwald en 1944, et survit. Devenu diplomate, il travaille aux côtés de René Cassin sur la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Il meurt en 2013, à 95 ans, après avoir vu son petit livre faire le tour du monde.

Ce que dit le livre

L’indignation, moteur de l’engagement

Pour Hessel, le pire, c’est l’indifférence. S’indigner face à ce qui est injuste, c’est déjà refuser de baisser les bras. Il invite chacun, et d’abord les jeunes, à chercher ses propres motifs d’indignation, puis à agir.

L’héritage de la Résistance

Le livre rappelle ce que la France doit au programme du Conseil national de la Résistance, adopté en 1944 : la Sécurité sociale, les retraites, une presse libre. Hessel s’inquiète de voir ces acquis remis en cause, et dénonce le pouvoir grandissant de l’argent et le sort fait aux plus fragiles.

Une insurrection pacifique

C’est le passage qui parle le plus à notre époque. Hessel ne demande pas de tout casser : il fait de la non-violence la seule voie qui mène quelque part. Pour lui, l’indignation n’a de sens que si elle se transforme en engagement, patient et pacifique.

De Stéphane Hessel à Edgar Morin

En 2011, Hessel publie avec Edgar Morin « Le Chemin de l’espérance » (Fayard), un court manifeste. Les deux anciens résistants y appellent à une « insurrection des consciences » et à repenser la politique en puisant notamment dans l’écologie. C’est là que l’indignation de Hessel rejoint la pensée de Morin, l’un des premiers grands intellectuels français à avoir pensé la crise écologique.

Edgar Morin est mort le 29 mai 2026, à 104 ans. Quelques jours plus tard, l’émission « C ce soir » (France 5) lui rendait hommage, avec la militante écologiste Camille Étienne parmi ses invités.

Sur le plateau, Camille Étienne a raconté leur correspondance. Elle lui avait demandé ce que son époque avait d’inédit. Edgar Morin lui avait répondu que sa génération affrontait des périls que la sienne n’avait pas connus :

  • la dégradation écologique de toute la planète, liée à un modèle économique et technique tourné vers le profit ;
  • une mondialisation qui crée un destin commun, sans solidarité ni conscience d’habiter une même Terre ;
  • une crise de la démocratie, avec de nouvelles formes de contrôle et de soumission des individus ;
  • le risque d’extension des conflits et la menace nucléaire.

Des périls qu’il décrivait déjà en 2021, pour ses cent ans, dans l’hebdomadaire Le 1. Face à eux, Hessel et Morin donnaient la même réponse : ne pas céder à l’indifférence, mais s’engager, sans violence.

La militante et le penseur se connaissaient bien : en 2023, ils avaient parrainé ensemble l’université d’été du mouvement Utopia, où ils incarnaient le lien entre les générations. Camille Étienne cite volontiers l’une de ses formules : « on avait sacrifié l’essentiel pour l’urgence et fini par oublier l’urgence de l’essentiel ». Une phrase qui pourrait résumer ce que Hessel et Morin demandaient : garder l’indignation, mais ne jamais perdre de vue ce qui compte vraiment.

Un livre qui fait débat

À sa sortie, « Indignez-vous ! » a aussi été critiqué. On lui a reproché un constat très général, peu de propositions concrètes et un ton jugé partisan. Mieux vaut donc le lire comme un appel, pas comme un programme : il ne dit pas quoi faire, il dit pourquoi ne pas rester sans rien faire.

Pourquoi on l’aime chez Okjö

Le mot de Gaëlle

Parce qu’il rappelle que s’engager commence par refuser l’indifférence. Et que changer ses habitudes, jour après jour, est aussi une façon de ne pas baisser les bras.

Pour prolonger la réflexion, lisez aussi notre fiche sur « Les Limites à la croissance ».

Bonne lecture !

Sources

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