L’été 2026 a été le plus chaud jamais mesuré en France : des canicules presque sans interruption, près de 8 000 morts en excès selon un premier bilan, des forêts en feu jusqu’aux portes des villages. Et ces dernières années, partout dans le monde, les incendies, les inondations et les sécheresses hors normes se sont multipliés. Relire « La Terre inhabitable » aujourd’hui, ce n’est plus lire un scénario lointain.
Ce livre est né d’un article du New York Magazine, publié en juillet 2017 et devenu le plus lu de l’histoire du magazine. Son auteur, le journaliste David Wallace-Wells, y décrivait sans filtre le pire de ce que le réchauffement pourrait nous réserver. Le livre qui a suivi, traduit en 2019, a fait le tour du monde. Et son auteur a, depuis, nuancé son propos.

LE LIVRE EN BREF
- Le livre : « La Terre inhabitable, vivre avec 4 °C de plus », de David Wallace-Wells (Robert Laffont, 2019), traduit de l’anglais par Cécile Leclère.
- Le sujet : ce que deviendrait notre monde dans les scénarios de réchauffement les plus sévères.
- Pour qui : celles et ceux qui veulent mesurer ce qui est en jeu. À lire avec un peu de recul, et de préférence pas un soir de déprime.
- Ce qu’on en garde : chaque dixième de degré évité compte.
Un livre qui a secoué
Canicules mortelles, montée des eaux, pénuries alimentaires, migrations : David Wallace-Wells passe en revue, chapitre après chapitre, les conséquences d’un réchauffement de 4 °C. Le ton est volontairement saisissant. Pour beaucoup de lecteurs, ce livre a été un déclic.
Ce que lui reprochent les scientifiques
Dès la parution de l’article, plusieurs climatologues ont réagi. Sur le site Climate Feedback, le climatologue Michael Mann jugeait que le texte « dresse un tableau trop sombre en exagérant certains résultats scientifiques ». Les relecteurs lui reconnaissaient pourtant un fond juste sur plusieurs points, comme les vagues de chaleur ou la montée des eaux. Le magazine a ensuite publié une version annotée de l’article, et l’auteur a reconnu qu’il retirerait ses passages sur le méthane.
Ce que l’auteur en dit aujourd’hui
En 2022, dans un long article du New York Times intitulé « Beyond Catastrophe », David Wallace-Wells a revu sa copie. Grâce aux politiques climatiques et à l’essor des énergies renouvelables, les scientifiques n’envisagent plus vraiment un réchauffement de 4 à 5 °C d’ici la fin du siècle, mais plutôt de 2 à 3 °C. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour autant : « Nous faisons plus de dégâts cette année que nous n’en avons jamais fait », rappelait-il au même moment.
C’est ce qui rend ce livre intéressant à relire aujourd’hui : il montre ce qu’on évite quand on agit. Le pire n’est pas certain, justement parce que des gens se sont mobilisés.
Ce que nous avons vécu cet été donne une idée de ce que décrit le livre, alors que le réchauffement mondial est encore loin des 4 °C qu’il imagine. Le climatologue Jean Jouzel prévient qu’à la fin du siècle, un été comme celui de 2026 pourrait être considéré comme normal. C’est pour cela que ce livre est d’une actualité cruciale : il rappelle ce que chaque dixième de degré évité nous épargne.
Pourquoi on l’aime chez Okjö
Chez Okjö, on préfère comprendre que s’affoler. Ce livre est utile si on le lit pour ce qu’il est : une exploration du pire, plutôt qu’une prédiction. Pour garder les pieds sur terre, il se lit très bien avec l’« Atlas de l’anthropocène », qui donne les faits en cartes, et avec les livres de Pablo Servigne, qui posent la question de comment vivre avec cette inquiétude.
Bonne lecture !
Sources
- Climate Feedback : ce que les scientifiques reprochent à l’article de New York Magazine (2017)
- WBUR : entretien avec David Wallace-Wells (2022)
- Critiques libres : « La Terre inhabitable », Robert Laffont, 2019
- Le Quotidien du médecin (AFP) : près de 8 000 décès en excès pendant les canicules de 2026, selon Santé publique France
- Maire-info : climat, le bilan d’un été meurtrier (1er septembre 2026)
- Sud Radio (AFP) : été 2026, l’avertissement de Jean Jouzel
- Greenpeace : les catastrophes climatiques de 2026 dans le monde