En 2015, un chercheur français et un chercheur belge publient un livre au titre inquiétant : « Comment tout peut s’effondrer ». Ils y inventent un mot, la « collapsologie ». Le livre devient un phénomène, surtout à partir de l’été 2018, et lance un débat qui dure encore. Nous avons dans notre bibliothèque ce livre et sa suite, plus apaisée : « Une autre fin du monde est possible ».

LE LIVRE EN BREF
- Les livres : « Comment tout peut s’effondrer », de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Seuil, collection Anthropocène, 2015), et « Une autre fin du monde est possible », avec Gauthier Chapelle (Seuil, 2018).
- Le sujet : la possibilité d’un effondrement de notre civilisation industrielle, et comment vivre avec cette idée.
- Pour qui : celles et ceux qui veulent regarder les crises en face. Mieux vaut lire les deux livres, dans l’ordre.
- Ce qu’on en garde : face aux crises, l’entraide compte autant que les solutions techniques.
Le livre qui a inventé la « collapsologie »
Pablo Servigne, ingénieur agronome et docteur en biologie, et Raphaël Stevens, spécialiste de la résilience des systèmes, rassemblent dans ce premier livre des études scientifiques sur le climat, l’énergie, la biodiversité ou la finance. Leur thèse : ces crises sont liées entre elles, et notre civilisation industrielle pourrait ne pas y survivre sous sa forme actuelle.
Le succès est considérable. Selon le Seuil, les deux livres s’étaient vendus à 87 000 et 46 500 exemplaires à l’automne 2019. Pablo Servigne raconte que les ventes ont « explosé à partir de l’été 2018 », au moment de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement.
La suite : « Vivre l’effondrement »
Avec Gauthier Chapelle, les deux auteurs publient en 2018 « Une autre fin du monde est possible », sous-titré « Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre) ». Le ton change. Il est question d’émotions, de deuil, de liens et d’entraide : comment ne pas se laisser écraser par l’angoisse, et ce qu’on peut construire avec les autres.
Un livre très discuté
Ces livres ont aussi été vivement critiqués. Le climatologue Jean Jouzel estime que « les résultats du GIEC sont assez alarmistes pour ne pas avoir à en rajouter ». L’historien Jean-Baptiste Fressoz y voit « une angoisse de classes supérieures des pays riches ». D’autres reprochent aux auteurs de présenter comme certain un avenir qui n’est que possible. Pablo Servigne répond qu’ils ont « juste pioché dans la littérature scientifique », et se définit aujourd’hui comme un lanceur d’alerte qui préfère « parler de l’espérance ».
Pourquoi on l’aime chez Okjö
Pas pour faire peur. Chez Okjö, on ne croit pas au catastrophisme : il paralyse plus qu’il ne fait agir. Mais ces deux livres posent de bonnes questions, et le second y répond avec beaucoup d’humanité. Ce qui nous parle, c’est l’idée qu’on s’en sort mieux ensemble : un commerce de quartier, des objets qui durent, des savoir-faire qu’on transmet, c’est aussi une façon de rendre nos vies plus solides.
Pour remonter à la source, lisez « Les Limites à la croissance », le rapport de 1972 dont la collapsologie est l’héritière. Et pour les faits, en cartes, l’« Atlas de l’anthropocène ».
Bonne lecture !
Sources