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Éponges de mer : l’alternative naturelle et durable aux éponges synthétiques

Par Gaëlle, fondatrice d’Okjö et ancienne journaliste · En savoir plus

Mis à jour le 24 octobre 2026

Douces, très absorbantes, durables, et elles sèchent si vite qu’elles ne prennent pas d’odeur : les éponges de mer sont une alternative naturelle aux éponges synthétiques. Pourtant, elles sont encore peu connues ou utilisées au quotidien. Zoom sur un trésor marin aussi ancien que révolutionnaire.

Qu’est-ce qu’une éponge de mer ?

Un animal, pas une plante

Les éponges ne possèdent pas de cerveau, ni de système nerveux. Pas d’appareil génital ou respiratoire. Elles n’ont pas d’yeux, pas de coeur, pas d’intestin, pas de branchies, de tentacules, de coquilles ou de pinces. Et pourtant … 

Si jusqu’au début du 20e siècle, les naturalistes débattaient encore pour savoir où classer les éponges de mer il ne fait plus de doute désormais qu’elles appartiennent au monde animal : c’est un animal qui se nourrit, qui a une reproduction sexuée, et dont les larves sont même capables de se déplacer.

Qu’est ce qui différencie les éponges de mer des algues ?

  • Les plantes, comme les algues, fabriquent la matière organique dont elles ont besoin pour vivre et se développer en puisant le CO2 qui est dissous dans l’eau et en utilisant la lumière émise par le soleil – processus que l’on appelle la photosynthèse.
  • Les éponges, elles, ne font pas de photosynthèse : elles extraient les nutriments nécessaires à leur croissance en filtrant l’eau de mer (des débris d’animaux morts, des algues microscopiques, des bactéries en suspension) : une éponge est en effet pleine de trous qui lui servent à filtrer l’eau jusqu’à des cellules qui lui servent à ingérer ces micro-organismes.

La reproduction des éponges de mer

Autre particularité étonnante : les éponges ont à leur disposition un triple mode de reproduction :

  • elles sont capables de se cloner toutes seules, en général quand elles sentent un danger approcher
  • elles ont la capacité de se renouveler constamment : vous pouvez prendre une partie d’une éponge sans endommager l’ensemble et elle repousse rapidement d’elle-même pour remplacer la partie qui a été prélevée. C’est grâce à cette faculté que la « culture » des éponges se développe aujourd’hui (l’idée c’est que, comme pour du bouturage, si vous coupez une éponge en 4 et que vous la replongez dans la mer, elle va se remettre à filtrer et à grandir et vous aurez 4 éponges au lieu d’une)
  • Elles ont aussi une reproduction sexuées et sont capables de se reproduire avec des cellules sexuelles mâles (spermatozoides) et femelles (ovocytes)

Cette capacité à repousser fait des éponges une ressource renouvelable, à condition de les récolter avec mesure. En Méditerranée, la pêche excessive et des épidémies répétées ont fortement réduit les populations depuis la fin des années 1980 : en Grèce, la production est passée d’environ 56 à 9 tonnes par an1. Les vagues de chaleur marines provoquent aujourd’hui de nouvelles mortalités massives2, et l’exploitation des principales espèces commerciales est réglementée par la Convention de Barcelone3. C’est pourquoi la culture d’éponges se développe : elle permet de soulager les populations sauvages1.

Des éponges et des hommes

Seules une quinzaine d’espèces d’éponges de mer sont utilisées par les hommes aujourd’hui. La plupart des éponges sont en effet constituées de spicules, un matériau très dur, qui leur permet d’afficher des formes très différentes mais les rend inutilisables pour la toilette.

Celles qui nous intéressent ici sont donc celles qui ont un squelette élastique, constitué de spongine (une sorte de collagène), un matériau aussi souple et élastique que la peau humaine. Car ce que nous appelons « éponges » c’est en fait le squelette de ces animaux. Une fois cueillies au fond des océans, il suffit de les presser fortement et de les rincer à l’eau de mer pour en retirer les tissus.

Nos ancêtres les éponges

Apparues il y a près de 890 millions d’années, les éponges de mer seraient les premiers animaux de l’évolution. Elles ont précédé les dinosaures et seraient même à l’origine de toutes les autres espèces animales.

« Les plus anciens animaux apparus dans un processus d’évolution étaient probablement des éponges. Ce qui n’est pas si surprenant étant donné que les éponges sont les animaux les plus simples dans l’arbre de la vie animale » Elizabeth Turner, professeure à l’Université canadienne Laurentienne et auteure de cette découverte.

En 2017, des généticiens américains en sont même arrivés à la conclusion que l’éponge de mer est notre ancêtre. L’ancêtre commun à toutes les espèces animales présentes sur Terre.

Il existe aujourd’hui près de 10 000 espèces d’éponges dans le monde, dont une quinzaine seulement sont commercialisables. Rien qu’à Marseille on trouve environ 300 espèces d’éponges différentes !

Leur simplicité biologique les rend très adaptables et très résistantes : elles sont présentes dans toutes les mers et océans de la planète. On les connait depuis l’Antiquité en Méditerranée ou dans les Caraïbes, mais on en trouve jusque dans les abysses, à plus de 8000 m de profondeur, en eau douce ou carrément hors de l’eau (en Amazonie). Des chercheurs ont pu observer dans les mers polaires des éponges qui auraient environ 10 000 ans, ce qui en fait également le plus vieil animal présent sur terre aujourd’hui.

Pourquoi les éponges de mer sont écologiques

Une ressource naturelle renouvelable

Les éponges se reproduisent naturellement, parfois même en se clonant. Une éponge coupée en morceaux peut repousser intégralement en mer : c’est le principe de la culture marine.

Une récolte durable

Récoltées à la main, les éponges marines ne nécessitent aucun traitement chimique. Une fois nettoyées à l’eau de mer, elles sont prêtes à l’emploi. Nous collaborons avec des fournisseurs qui garantissent des méthodes douces, respectueuses de l’écosystème marin.

Panier de pêche rempli d'éponges

Éponge de mer vs éponge industrielle

Ce que cachent vos éponges classiques

Les éponges synthétiques sont fabriquées à partir de pétrole, et leur structure humide est un refuge idéal pour les bactéries. Une étude allemande de 2017 a analysé 14 éponges de cuisine usagées : elle a mesuré, dans les zones les plus colonisées, jusqu’à 54 milliards de bactéries par centimètre cube. Les éponges que leurs utilisateurs nettoyaient régulièrement (micro-ondes, eau bouillante) n’en contenaient pas moins. Les chercheurs conseillent de changer d’éponge chaque semaine4.

Quant aux éponges dites « végétales », elles sont produites industriellement à partir de cellulose (bois, coton…), et bien moins absorbantes que les éponges marines.

Elles sèchent vite, et ça change tout

Leur grand atout, c’est qu’elles sèchent très vite. Or les bactéries ont besoin d’humidité pour se multiplier : une éponge qui sèche vite leur laisse beaucoup moins de place, et ne prend pas d’odeur. Chez moi, je les utilise depuis des années, et c’est assez bluffant : aucune odeur ne s’y installe, même après des mois d’usage. Pour qu’elles gardent cet avantage, rincez-les bien et laissez-les sécher à l’air libre entre deux utilisations. Leur texture souple et très absorbante fait le reste.

À chaque usage son éponge de mer

Pour la maison

Spongia Lachne : extrêmement résistante, elle remplace les éponges industrielles pour la vaisselle, le ménage, ou encore le nettoyage de surfaces. Elle dure entre 8 et 12 mois.

  • Petit format : idéal pour la cuisine ou la salle de bain
  • Grand format : pour les murs, la voiture ou les grandes surfaces

    Pour la vaisselle, les casseroles qui accrochent ou le ménage de la salle de bain, d’autres outils font mieux qu’une éponge : nous les comparons usage par usage dans notre guide « Comment bien choisir son éponge ? ».

Pour la salle de bain

Spongia Graminea  : douce, parfaite pour la douche. Elle produit une mousse généreuse avec peu de savon, et dure jusqu’à 8 mois.
Spongia Officinalis : la plus fine des éponges naturelles, parfaite pour le démaquillage ou la toilette des enfants. Elle vous accompagnera pendant plus d’un an.

Nos éponges sont sélectionnées avec soin, sans traitement chimique. Il est possible d’y retrouver un petit reste d’algue : c’est le signe d’un produit brut et naturel.

L’avenir de l’éponge de mer

Des propriétés médicinales prometteuses

Certaines molécules extraites d’éponges marines sont utilisées dans des traitements contre la leucémie ou l’herpès. D’autres recherches sont en cours, notamment dans la lutte contre le cancer.

Un rôle écologique majeur

Des études menées en rade de Brest ont révélé que les éponges pourraient représenter 30 % du stock de silice des sédiments marins – un élément essentiel pour le cycle de l’oxygène des océans.

À retenir

  • Les éponges de mer sont des animaux marins filtrants apparus il y a près de 900 millions d’années.
  • Elles sont très absorbantes, sèchent si vite qu’aucune odeur ne s’y installe, et durent bien plus longtemps que les éponges classiques, à condition d’être bien rincées après chaque usage.
  • C’est une ressource renouvelable mais fragile : en Méditerranée, les populations sauvages ont beaucoup souffert de la surpêche, des épidémies et des vagues de chaleur.
  • Elles représentent une alternative écologique et zéro déchet aux éponges industrielles, tout en étant efficaces et agréables à utiliser.

Sources

  1. Castritsi-Catharios et al., « Recovery of the commercial sponges in the central and southeastern Aegean Sea », Mediterranean Marine Science, 2011. ekt.gr
  2. Commission européenne (CORDIS), projet HOLOSPONGIA, Aix-Marseille Université, 2024-2026. cordis.europa.eu
  3. Convention de Barcelone, protocole biodiversité, annexe III « Liste des espèces dont l’exploitation est réglementée ». rac-spa.org
  4. M. Cardinale et al., « Microbiome analysis and confocal microscopy of used kitchen sponges… », Scientific Reports, 2017. nature.com

Cet article fait partie de notre dossier Ménage au naturel.

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