Chercheur de renommée mondiale et fondateur de la neurobiologie végétale, Stefano Mancuso a été l’un des premiers à défendre l’idée que les plantes sont dotées d’une véritable intelligence. Dans ce livre écrit avec la journaliste Alessandra Viola, il met ses découvertes à la portée de tous, et nous invite à changer de regard sur le monde qui nous entoure.
LE LIVRE EN BREF
- Le livre : « L’intelligence des plantes », de Stefano Mancuso et Alessandra Viola (Albin Michel, existe en poche).
- Le sujet : ce que les plantes perçoivent, comment elles communiquent et comment elles se servent des animaux.
- Pour qui : tous les curieux, même sans aucune notion de botanique.
- Ce qu’on en garde : on ne regarde plus jamais un arbre, ni une simple feuille, de la même façon.
Dans un entretien au journal Le Monde, en avril 2018, Stefano Mancuso résumait son combat : nous nous croyons au centre du vivant, alors que nous n’en sommes qu’une petite partie, et nous dépendons des plantes de manière absolue. Elles produisent toute notre nourriture, l’oxygène que nous respirons, et même nos énergies fossiles. Pour lui, il nous faut une véritable « révolution copernicienne ».
Les plantes, souveraines du monde vivant
Nous avons l’habitude d’associer le mot « vivant » aux animaux. Pourtant, selon l’auteur, ils pèsent bien peu face au monde végétal, qui constitue l’essentiel de la biomasse de la planète. Pour survivre, les plantes doivent donc être des organismes bien plus raffinés et adaptables qu’on ne le croit.
Elles sont à la source de la chaîne alimentaire et indispensables à l’humanité. Car si les plantes vivent très bien sans nous, comme elles le font depuis des millions d’années, l’inverse est peu probable. L’auteur estime par exemple que nous connaissons à peine 5 à 10 % des espèces végétales, mais que nous en tirons l’immense majorité des principes actifs de nos médicaments.
Véritable manifeste écologique, ce livre pionnier nous plonge dans un incroyable voyage au cœur du monde végétal. On y apprend que les plantes distinguent les formes et les couleurs, qu’elles communiquent entre elles et avec les animaux, qu’elles dorment, qu’elles mémorisent et qu’elles savent même manipuler d’autres espèces. Cela semble fou, mais il faut vraiment se plonger dans ces pages pour réaliser à quel point nous avons fait fausse route.
Qu’est-ce que l’intelligence d’une plante ?
Pour l’auteur, la question ne se pose pas, à condition de définir l’intelligence comme la capacité à résoudre des problèmes et à communiquer avec son environnement, y compris avec les insectes et d’autres animaux.
Les sens des plantes
Selon Stefano Mancuso, les plantes possèdent l’équivalent de nos cinq sens, et une quinzaine d’autres : elles mesurent par exemple l’humidité du sol ou les gradients chimiques de la terre et de l’air.
Ce chapitre est passionnant et vertigineux : faut-il un cerveau pour être intelligent ? Des yeux pour voir ? Après ces pages, on parie que vos balades dans la nature n’auront plus la même saveur !

La communication
Autre chapitre bouleversant : les végétaux échangent des informations sur la qualité de l’air et du sol, la présence de maladies ou l’attaque d’insectes. Et ils savent aussi « parler » à d’autres espèces.
Dans son entretien au Monde, Stefano Mancuso prend l’exemple des fourmis. Quand une plante est attaquée par des insectes, elle émet des composés volatils pour appeler les fourmis à l’aide, et les récompense avec un nectar sucré. Mais on a découvert que ce nectar contient aussi des substances neuroactives, qui rendent les fourmis « accro » et les retiennent sur place. La plante dose même ces substances selon le comportement qu’elle attend d’elles : patrouiller, se montrer agressives…

La manipulation
Les plantes savent aussi manipuler les animaux, à leur insu, pour arriver à leurs fins. L’orchidée abeille (Ophrys apifera) imite à la perfection la femelle de certains insectes pollinisateurs, avec un triple mimétisme : la forme et les couleurs pour tromper la vue, la texture pour tromper le toucher, les phéromones pour tromper l’odorat. Les mâles ne repartent qu’une fois couverts de pollen, qu’ils iront déposer plus loin. L’arum titan (Amorphophallus titanum), vedette des jardins botaniques, a quant à lui choisi des mouches qui pondent sur les cadavres : pour les attirer, il imite l’odeur de la chair en décomposition.
Les végétaux se servent aussi des animaux pour disséminer leurs graines loin de la plante mère. Nous retiendrons l’exemple du cerisier : ses fleurs blanches attirent les abeilles, qui assurent la pollinisation. Tant que la graine n’est pas mûre, le fruit reste vert, camouflé dans le feuillage. Ce n’est que lorsqu’il est prêt qu’il se pare de son plus beau rouge, bien visible de loin pour les oiseaux.

Ce qu’on en retient
En refermant ce livre, vous ne regarderez plus le monde qui nous entoure de la même manière. Notre survie et notre avenir dépendent du règne végétal : raison de plus pour mieux le comprendre, l’observer, et le respecter.
Bonne lecture !