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Crème solaire et Yuka : pourquoi la note ne suffit pas

Peut-on vraiment choisir une crème solaire avec Yuka ? Beaucoup de consommateurs s’en servent aujourd’hui pour comparer les compositions et éviter certains ingrédients. Mais dans le cas d’un produit solaire, la note ne suffit pas : elle ne dit pas tout sur la protection UVA, les filtres utilisés ou la présence éventuelle de [nano].

Scanner une crème solaire sur Yuka peut sembler très pratique. En quelques secondes, on obtient une note, quelques alertes, et l’impression d’avoir enfin une réponse simple.
Mais une crème solaire n’est pas un cosmétique comme les autres. C’est d’abord un produit de protection solaire. Or Yuka l’explique elle-même : sa méthode repose sur l’analyse des ingrédients et de leurs risques potentiels. Elle n’évalue pas l’efficacité du produit, ni la concentration des ingrédients.
Autrement dit : Yuka peut aider à repérer un problème, mais Yuka ne suffit pas à choisir une bonne crème solaire. Et c’est là que beaucoup de consommateurs se trompent.

Pourquoi Yuka rassure autant

Le succès de Yuka est facile à comprendre. Les compositions sont longues, les noms INCI découragent, et les marques multiplient les promesses rassurantes. Scanner un produit donne le sentiment de reprendre la main. L’application attribue une note à partir du niveau de risque qu’elle associe aux ingrédients, avec un poids important accordé aux ingrédients jugés les plus problématiques.
C’est utile. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire.

Le vrai problème : une crème solaire ne se juge pas seulement à sa composition

Le premier piège, c’est d’oublier à quoi sert une crème solaire. Elle n’est pas là pour afficher une composition rassurante. Elle est là pour protéger la peau des UV.
Or le SPF affiché sur le tube correspond d’abord à la protection contre les UVB. En Europe, les produits solaires qui affichent le logo UVA entouré d’un cercle doivent aussi respecter un niveau minimal de protection UVA, avec un rapport UVA/UVB d’au moins un tiers. Mais cela ne dit pas à quel point une crème protège des UVA au-delà du minimum, et cette information est rarement donnée clairement au consommateur.
C’est là qu’une note Yuka peut devenir trompeuse : elle ne dit pas si une crème est excellente, moyenne ou juste minimale sur la question des UVA.

Pour comprendre ce qu’il faut vraiment vérifier sur une crème solaire avant l’achat, nous avons aussi publié un guide sur les UVA, le SPF, les filtres minéraux et organiques, et la mention [nano].

Ce que Yuka aide vraiment à voir

Yuka peut en revanche être très utile pour vous pousser à regarder ce que vous n’auriez peut-être jamais lu seule : la liste INCI.
Et sur une crème solaire, ce réflexe est précieux. Il permet de repérer le type de filtres utilisés, de voir si certains ingrédients sont problématiques, et d’apprendre à vérifier un détail important : la présence éventuelle de [nano] après le nom d’un ingrédient. En Europe, les nanomatériaux présents dans un cosmétique doivent en effet être signalés de cette manière dans la liste des ingrédients.
Autrement dit, Yuka peut être un bon déclencheur. Elle peut vous aider à lire la composition de vos tubes de crèmes solaires.

Ce que Yuka ne dit pas vraiment

C’est ici qu’il faut apprendre à lire plus loin que la note.
Une note Yuka ne vous dit pas :

  • quel est le niveau réel de protection UVA
  • si la texture sera assez agréable pour que vous mettiez la bonne quantité
  • si vous aurez envie d’en remettre toutes les deux heures
  • ni comment arbitrer entre efficacité, composition, tolérance et principe de précaution.

Et dans le cas d’une crème solaire, ces questions sont décisives. Parce qu’un bon solaire n’est pas seulement un produit “propre” sur le papier. C’est un produit qui protège réellement, que l’on comprend un minimum, et que l’on applique correctement.

Le cas des nanoparticules : un bon exemple des limites d’une lecture trop rapide

C’est un bon exemple de ce que Yuka peut signaler sans permettre, à elle seule, de trancher.
Beaucoup de consommateurs associent encore les nanoparticules aux seuls filtres minéraux. En réalité, certains filtres organiques peuvent aussi être concernés. C’est le cas du MBBT (Methylene Bis-Benzotriazolyl Tetramethylbutylphenol), pour lequel le SCCS a rendu un avis spécifique sur la forme nano.
Le sujet n’est donc pas juste “minéral = bien” et “chimique = mal”. Il faut regarder plus précisément quels filtres sont utilisés, et si l’un d’eux apparaît avec la mention [nano] dans l’INCI. Là, on quitte la lecture simplifiée pour entrer dans une lecture vraiment utile.

Comment décrypter une crème solaire en 30 secondes

Devant un rayon, on peut aller à l’essentiel.
Regardez d’abord le SPF, mais sans vous arrêter là. Vérifiez ensuite la présence du logo UVA entouré d’un cercle. Puis lisez rapidement la liste INCI pour voir quels filtres sont utilisés et si l’un d’eux porte la mention [nano]. Enfin, posez-vous une question très simple : est-ce une texture que j’appliquerai vraiment bien, et en quantité suffisante ? Le cadre européen impose un minimum de protection UVA quand le logo est présent, mais il ne donne pas toujours au consommateur une lecture fine de cette protection. C’est pour cela qu’il faut croiser plusieurs indices, et ne pas se contenter d’un score.

Et si vous vous interrogez sur les mentions de façade imprimées sur les flacons, vous pouvez lire aussi notre article sur les promesses “baby”, “ocean protect” ou “coral friendly”.

Ce qu’il faut retenir

Yuka peut être un bon point de départ. L’application aide à repérer certains ingrédients et à ne pas avaler les promesses marketing les yeux fermés. Mais une crème solaire ne se résume pas à une note : elle se juge aussi sur son niveau de protection, surtout contre les UVA, sur le type de filtres qu’elle utilise, et sur des points de vigilance comme la présence éventuelle de [nano] dans la liste INCI.
La bonne question n’est donc pas : “Est-elle bien notée sur Yuka ?”
La bonne question est plutôt : “Qu’est-ce que cette note m’aide à voir, et qu’est-ce qu’elle ne me dit pas ?”

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