Votre peau tire en sortant de la douche ? Avant de chercher une crème plus riche, regardez ce qui la lave. Un savon saponifié à froid ne fait pas de miracle. Mais il change trois choses que la peau sent tout de suite : la glycérine qu’il garde, les huiles qu’il laisse intactes, et la façon dont il nettoie. Voici ce qu’il faut savoir, ce qu’il ne faut pas croire, et comment choisir.
Ce qu’il faut retenir
- Tous les savons naissent de la même réaction : des huiles + de la soude = du savon + de la glycérine.
- À froid, la glycérine reste dans le savon. Dans d’autres procédés, comme celui utilisé pour fabriquer le savon de Marseille, elle est retirée en cours de fabrication.
- Un savon à froid est en général surgras : une petite part des huiles n’est pas transformée en savon et reste sur la peau.
- Comme tous les savons, il reste alcalin (pH autour de 8 à 9 pour nos savons). Il ne « respecte » pas le pH de la peau : il la lave moins durement, ce n’est pas la même chose.
- Beaucoup de mousse ne veut pas dire beaucoup de douceur.
Une peau qui tire est souvent une peau trop lavée
La peau est protégée par un film fait de lipides et d’eau. Se laver, c’est enlever la sueur, la poussière et l’excès de sébum. Le problème commence quand on enlève aussi une partie de ce film protecteur : la peau perd plus d’eau, tire, gratte, et réclame une crème.
Plusieurs choses jouent : l’eau très chaude, les douches longues ou répétées, les parfums puissants, et surtout la force des agents lavants. En dermatologie, on utilise d’ailleurs un agent lavant très courant, le laurylsulfate de sodium (SLS), comme irritant de référence : appliqué sur la peau, il fait grimper la perte en eau et rougir la peau, ce qui permet d’étudier l’irritation dans des conditions contrôlées.
Cela ne veut pas dire que tous les gels douche sont agressifs : beaucoup utilisent aujourd’hui des agents lavants plus doux. Mais cela rappelle une chose simple : un produit lavant n’est jamais neutre, et sa douceur dépend de sa formule, pas de sa mousse.
Se laver, c’est enlever ce qui est en trop. Pas ce qui protège.
Comment on fait un savon (et où passe la glycérine)
La recette de base n’a pas changé depuis des siècles : on mélange des huiles ou des beurres avec de la soude. Les deux réagissent et donnent deux choses, du savon et de la glycérine. Tout se joue ensuite dans ce que l’on fait de cette glycérine.
À chaud : le procédé marseillais
Le cahier des charges du savon de Marseille décrit une fabrication au chaudron : les huiles et la soude sont chauffées jusqu’à ébullition pendant au moins six heures, puis on ajoute du sel pour séparer le savon des « lessives glycérineuses », que l’on évacue. Un lavage final entraîne encore le glycérol et les impuretés. Le résultat est un savon très pur, très efficace… et sans la glycérine formée pendant la fabrication.
À froid : on garde tout
Dans la saponification à froid, on ne cuit pas. Le savonnier mélange les huiles et la soude jusqu’à ce que la pâte épaississe (c’est la « trace »), la coule dans un moule, la découpe quelques jours plus tard, puis la laisse sécher plusieurs semaines. Rien n’est retiré : la glycérine reste dans le pain.

Et la soude ? Elle est indispensable, mais elle est consommée par la réaction. Pour être sûr qu’il n’en reste pas, le savonnier en met volontairement un peu moins que ce que les huiles pourraient absorber. C’est ce qui crée le surgras. Le temps de séchage, lui, sert à autre chose : l’eau s’évapore, le savon durcit et dure plus longtemps sous la douche.
Glycérine et surgras : ce que la peau sent
La glycérine attire et retient l’eau. C’est un ingrédient phare des crèmes hydratantes, et la recherche en dermatologie lui reconnaît un rôle dans l’hydratation de la couche superficielle de la peau et la réparation de sa barrière. Dans un savon, qui est rincé, son effet reste modeste. Mais elle participe à cette sensation de peau moins sèche après la douche.
Le surgras est la part d’huiles et de beurres qui n’est pas transformée en savon. Elle reste dans le pain et laisse une fine couche sur la peau. Trop peu, et le savon décape davantage ; trop, et il fond vite et peut rancir. La plupart des savonniers visent quelques pour cent ; nos savons sont à 7 %.

Un savon surgras ne remplace pas une crème. Il évite surtout d’en avoir besoin à cause du lavage.
Savon à froid, Marseille, Alep, gel douche : les options
| Fabrication | Glycérine | Surgras | Plutôt pour | |
|---|---|---|---|---|
| Savon de Marseille | Cuit au chaudron | Retirée pendant la fabrication | Non | Le linge, la maison, les mains |
| Savon d’Alep | Cuit, puis longue maturation | Variable | Pas toujours | Certaines peaux, en alternance |
| Savon saponifié à froid | Sans cuisson, puis séchage | Conservée | En général oui | La toilette du visage et du corps |
| Gel douche, nettoyant sans savon | Agents lavants de synthèse | Ajoutée ou non | Non | Selon la formule ; utile pour les peaux très réactives |
L’idée n’est pas d’opposer ces produits. Un bon savon de Marseille reste imbattable pour la maison. Et pour certaines peaux très sèches ou atopiques, les dermatologues conseillent souvent un nettoyant sans savon, dont le pH est plus proche de celui de la peau : si c’est votre cas, demandez-leur conseil. Pour la plupart d’entre nous, en revanche, un savon saponifié à froid bien formulé est un très bon geste du quotidien.
Comment choisir un bon savon à froid
- Une liste d’ingrédients courte et lisible, avec des huiles et des beurres nommés.
- Le mot « surgras », et si possible son taux.
- Un vrai temps de séchage : un savon trop frais est plus mou et fond vite.
- Le parfum adapté à votre peau : les huiles essentielles sont naturelles, mais pas anodines. Peau sensible ? Choisissez un savon sans parfum.
- Un porte-savon qui égoutte : un savon qui trempe fond deux fois plus vite.
Pour aller plus loin, notre guide pour bien choisir un savon saponifié à froid reprend ces critères en détail.
Les choix Okjö
Nos savons sont imaginés à Marseille et fabriqués à la main par Olivier, notre savonnier, dans notre atelier à Aix-en-Provence. Tous sont saponifiés à froid, surgras à 7 %, avec des huiles bio, et du beurre de karité et de l’huile de coco issus du commerce équitable. Ils lavent le visage comme le corps.

- Fleur de Tiaré : notre best-seller, solaire et doux, à l’argile blanche.
- Figue Santal : l’autre chouchou de la boutique, vert et boisé, à l’argile lilas.
- Petit Grain Bigaradier : parfumé à l’huile essentielle, à l’argile rouge, pour les peaux normales à mixtes.
- Pomme : doux et régressif, une odeur de pomme, de cassonade et de vanille.
- PURE : sans parfum, sans huile essentielle, sans colorant. Pour les peaux sensibles et toute la famille.
Pour les faire durer, posez-les sur un porte-savon qui égoutte. Et si vous voulez voir comment ils naissent, on suit en ce moment une production de Tiaré et de Petitgrain sur notre Instagram, de la coulée jusqu’au rayon.
En résumé
Si votre peau tire après la douche, le problème ne vient pas toujours de votre peau. Il peut venir de ce qui la lave. Un savon saponifié à froid ne soigne rien : il garde sa glycérine, laisse un peu d’huile sur la peau, et nettoie sans en retirer plus que nécessaire. Parfois, cela suffit à tout changer.
FAQ
Un savon saponifié à froid convient-il au visage ?
Oui, si votre peau le tolère. Commencez par une formule simple, idéalement sans parfum si votre peau est sensible, et observez comment elle réagit. Certaines peaux l’adorent ; d’autres, très réactives, préfèrent un nettoyant sans savon.
Le savon à froid a-t-il le même pH que la peau ?
Non. Tous les savons sont alcalins : leur pH se situe en général entre 8 et 10 (autour de 8 à 9 pour nos savons), quand celui de la peau est d’environ 5,5. Ce qui fait la différence, c’est la glycérine et le surgras, qui rendent le lavage moins desséchant.
Reste-t-il de la soude dans un savon à froid ?
Pas dans un savon bien formulé. La soude est consommée par la réaction, et le savonnier en met volontairement un peu moins que nécessaire : c’est le surgras.
Un savon surgras remplace-t-il une crème hydratante ?
Non. Il reste un produit lavant, appliqué puis rincé. Il évite surtout d’aggraver la sécheresse au moment de la douche.
Pourquoi mon savon fond-il vite ?
Parce qu’il trempe. Laissez-le sécher entre deux douches, sur un porte-savon qui égoutte et à l’écart du jet d’eau.
Sources
- Union des professionnels du savon de Marseille, cahier des charges de l’indication géographique « Savon de Marseille » (INPI).
- Tupker R. A. et al., « Guidelines on sodium lauryl sulfate (SLS) exposure tests », Contact Dermatitis, 1997.
- Cua A. B., Wilhelm K. P., Maibach H. I., « Cutaneous sodium lauryl sulphate irritation potential: age and regional variability », British Journal of Dermatology, 1990.
- Tarun J. et al., « Evaluation of pH of bathing soaps and shampoos for skin and hair care », Indian Journal of Dermatology, 2014.
- Fluhr J. W., Darlenski R., Surber C., « Glycerol and the skin: holistic approach to its origin and functions », British Journal of Dermatology, 2008.