« Elles sont fabriquées où ? » C’est probablement l’une des questions que l’on me pose le plus souvent devant notre rayon de gourdes. Elle revient aussi, même si c’est un peu moins fréquent, pour les lunchbox et les bacs à glaçons en inox.
C’est une question parfaitement légitime.
Et nous savons que vous aimeriez que l’on vous réponde « En France ! ».
Pourtant nos gourdes en inox, comme la quasi totalité de celles proposées sur le marché, sont fabriquées en Chine.
Nous nous sommes posé la même question au moment de construire notre offre : pourquoi est-il si difficile de trouver des gourdes en inox fabriquées en France ou même en Europe ? Pourquoi une alternative durable aux objets en plastique vient-elle si souvent d’Asie ?
Pour répondre à cette question, il faut regarder la filière dans son ensemble : l’endroit où les objets sont assemblés, bien sûr, mais aussi celui où l’acier inoxydable est aujourd’hui produit et transformé.
Cet article est aussi l’occasion de vous montrer comment nous travaillons pour sélectionner les produits proposés chez Okjö. Car, s’il n’existe pas de produit parfait, quels compromis sommes-nous prêts à faire ?
Avant de parler des gourdes, parlons de la production d’inox
Une production mondiale concentrée en Asie
Selon les données publiées par l’association internationale worldstainless, la production mondiale d’acier inoxydable a atteint 64,2 millions de tonnes en 2025. Sur ce total, 55,3 millions de tonnes ont été produites en Asie, contre 5,7 millions dans l’Union européenne, 2,1 millions aux États-Unis et 1,1 million dans les autres pays recensés.
Cela signifie que plus de 86 % de la production mondiale d’inox se concentre désormais en Asie.

Répartition régionale de la production mondiale d’acier inoxydable en 2025 — source : worldstainless.
Ce chiffre ne signifie pas qu’il n’existe plus aucune production d’inox en Europe. Il en existe encore, et elle peut être techniquement très performante. Mais les volumes sont sans commune mesure avec ceux produits en Asie.
Une désindustrialisation européenne
Cette situation ne s’est pas créée du jour au lendemain.
Depuis plusieurs décennies, les capacités de production et de transformation de l’acier se sont fortement développées en Chine, en Inde, en Indonésie et dans d’autres pays asiatiques. Dans le même temps, l’Europe a connu un recul d’une partie de son industrie sidérurgique.
En France, la fermeture des hauts-fourneaux de Florange en 2012 est devenue l’un des symboles les plus marquants de cette désindustrialisation. Florange n’explique évidemment pas, à lui seul, la domination asiatique dans la production mondiale d’inox. Mais la fermeture de ses hauts-fourneaux reste très présente dans notre mémoire collective parce qu’elle représente la disparition progressive d’une partie de nos capacités industrielles lourdes.
Lorsqu’on se demande pourquoi un objet en inox n’est pas fabriqué en France, il est donc utile de se rappeler que la question commence bien avant l’assemblage du produit fini.
Elle commence avec les matières premières, les capacités de production, les machines disponibles, les savoir-faire industriels et les volumes nécessaires pour maintenir une filière.
En 2025, près de 9 tonnes d’acier inoxydable sur 10 ont été produites en Asie.
Une filière industrielle aujourd’hui concentrée en Asie
Un savoir-faire industriel très spécifique
La production de la matière n’explique pas tout. Il faut ensuite être capable de transformer une tôle ou un tube d’inox en un objet extrêmement fin, régulier, étanche et suffisamment robuste pour être utilisé tous les jours.
Le cas particulier des gourdes isothermes
Une gourde isotherme est constituée de deux parois en inox. Celles-ci doivent être formées, assemblées et soudées avec précision. L’air présent entre les deux parois est ensuite retiré afin de créer le vide qui assure l’isolation thermique.
Cette fabrication nécessite des équipements industriels spécifiques, des volumes importants et une maîtrise technique aujourd’hui largement concentrée en Asie.
Le même raisonnement s’applique à une partie des lunch box, boîtes alimentaires et bacs à glaçons en inox, qui dépendent eux aussi de cette filière industrielle. Car ces objets ont un point commun : leur production dépend d’un écosystème industriel capable de fournir l’inox, de le découper, de l’emboutir, de le souder, de le polir et de produire à des volumes suffisants.
Or cet écosystème est aujourd’hui fortement implanté en Asie.
L’expérience des gourdes Made in France Zeste
La marque française Zeste a documenté les difficultés rencontrées lorsqu’elle a cherché à produire une gourde isotherme en France ou en Europe. Elle explique notamment ne pas avoir trouvé les capacités industrielles permettant d’effectuer l’hydroformage de tubes très fins nécessaire à ce type de bouteille, à un coût compatible avec le marché.
Zeste a finalement réussi à fabriquer en France une gourde en inox simple paroi, grâce à une autre technique : l’emboutissage. Son corps est fabriqué en Normandie, son bouchon en Bretagne, et l’inox utilisé est sourcé en Espagne.
Cet exemple est important parce qu’il montre deux choses :
- fabriquer une gourde en France est possible ;
- fabriquer une gourde isotherme à double paroi relève d’une autre chaîne industrielle et reste beaucoup plus compliqué.
Nous avons d’ailleurs proposé la gourde Zeste en boutique : sa fabrication française constitue une vraie réussite industrielle, même si son prix a représenté un frein important pour nos clients.
Reconstruire et préserver nos capacités industrielles est un enjeu environnemental, social, sanitaire et économique majeur.
Alors qu’est-ce qu’on fait ?
Comprendre pourquoi la majorité des gourdes en inox sont fabriquées en Asie ne suffit pas à décider lesquelles proposer chez Okjö.
Puisqu’il n’existe pas aujourd’hui de gourde isotherme fabriquée en France répondant à tous nos critères, nous avons choisi de privilégier la durabilité réelle du produit.
Chaque sélection est un compromis entre plusieurs critères :
- le lieu et les conditions de fabrication ;
- la durabilité réelle du produit ;
- la qualité des matériaux ;
- sa réparabilité ;
- la disponibilité des pièces détachées ;
- son prix ;
- son utilité ;
- et la probabilité qu’il soit vraiment utilisé pendant longtemps.
Le pays de fabrication est un critère important. Il n’est ni ignoré, ni suffisant à lui seul.
C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles nous travaillons avec 24Bottles : les bouchons et les joints peuvent être remplacés séparément. Cela n’efface pas le lieu de fabrication. Mais cela évite qu’une petite pièce condamne un objet encore parfaitement utilisable.
Chez Okjö, nous avons donc fait un choix : ne pas prétendre avoir trouvé le produit parfait, mais sélectionner des gourdes que nous pensons solides, réparables et susceptibles d’être réellement utilisées pendant longtemps.
Cela ne signifie pas que la fabrication française serait secondaire. Bien au contraire : reconstruire et préserver nos capacités industrielles est un enjeu environnemental, social, sanitaire et économique majeur.
A RETENIR
- La majorité des gourdes en inox sont fabriquées en Chine parce que la production de l’acier et les outils industriels nécessaires y sont aujourd’hui très concentrés.
- Une gourde simple paroi peut être fabriquée en France ; une gourde isotherme nécessite une chaîne industrielle bien plus complexe.
- Le lieu de fabrication compte, mais il doit être regardé avec la durée de vie, la réparabilité, les pièces détachées et l’usage réel du produit.
Pour aller plus loin
Sur le blog Okjö
- Gourde inox ou aluminium : que choisir ?
- Gourde isotherme ou non isotherme : laquelle choisir ?
- Comment nettoyer sa gourde ?
- Notre sélection de gourdes
Nos sources
- Production mondiale d’acier inoxydable en 2025 — worldstainless
- Les pièces détachées et conseils d’entretien de 24Bottles
- Les difficultés rencontrées par Zeste pour fabriquer une gourde en France
- La gourde en inox fabriquée en France par Zeste
- Les règles de la mention « Fabriqué en France » — ministère de l’Économie